Koujina, la cuisine des subalternes
Koujina, la cuisine des subalternes est une recherche qui s’intéresse à la manière dont la nourriture circule, et surtout à ce que cette circulation fabrique, révèle et vient bousculer dans un ordre social profondément marqué par la colonialité.
Je considère les pratiques culinaires comme des forces discrètes mais puissantes, elles peuvent autant renforcer des hiérarchies de pouvoirs que les faire vaciller. Le projet croise création artistique et enquête sociale pour ouvrir un espace vivant de partage, de dialogue et parfois de frottements. Parce qu’on cuisine toujours avec une intention, mais aussi avec des histoires dans les mains et des politiques dans les ingrédients.
Dans le cadre de Vitamines B*, je propose une performance culinaire intimiste sans public. À partir de gestes simples comme servir, manger et partager, la performance active la nourriture comme un langage relationnel, à la fois sensoriel et politique avec un rythme volontairement lent. Le projet se pense comme une alternative sensible à la mise en spectacle des cultures et à l’extraction des récits.
Ici, l’attention passe par le corps, la présence et la transmission vivante. La cuisine devient alors un espace discret de résistance, un lieu où les traditions se reconfigurent, où les manques peuvent se dire et où d’autres manières de savoir situées, incarnées et non eurocentrées, peuvent exister.
Ma pratique se situe à la croisée de la création et de la curation, pensées comme deux gestes complémentaires pour observer le monde et y prendre position. Mon travail artistique se construit dans les échanges, les alliances et parfois les frictions, avec une attention particulière portée aux récits minorés et aux savoirs incarnés. Son travail circule entre installation, vidéo, écriture et ateliers-performances, avec un intérêt constant pour ce que chaque forme rend possible : ouvrir des espaces de dialogue, fabriquer du commun, et faire de l’art un lieu d’attention, de négociation et de résistance.
Ichraf Nasri est artiste visuelle et commissaire d’exposition basée à Bruxelles. Diplômée, entre autres, de l’ENSAV La Cambre, elle a également travaillé comme journaliste durant les soulèvements de 2011 en Tunisie, une expérience qui a durablement marqué son rapport aux récits situés et à la circulation des voix. En 2019, elle initie Xeno-¨ avec l’artiste Mélanie Peduzzi, une plateforme artistique itinérante et un laboratoire de recherche pratique dédié aux enjeux féministes intersectionnels, mêlant création, transmission et production collective de savoirs. Elle a notamment été commissaire du festival Tashweesh 2024 au Beursschouwburg (Bruxelles), un festival d’arts féministes issu de la région SWANA, dont elle a consacré la programmation à l’écoféminisme et aux politiques de l’alimentation. Entre 2023 et 2025, elle est lauréate du programme de bourse de recherche artistique FRart-FRNS.
Instagram : @ichrafnasri
Âge requis pour participer au projet: minimum 18 ans.
La rencontre sera enregistrée (audio).